dimanche 13 avril 2008

N'OUBLIEZ PAS LE TRI SELECTIF

Dimanche 13 avril, peu avant 17h00, un mail de Luc Delfosse m’avertit que c’est finalement NON pour ma carte blanche proposée au Soir. C’était prévisible et je ne m’estime même pas censuré. Bien sûr, que ce texte soit rendu public dans un journal à gros tirage aurait été la cerise sur le gâteau, l’action d’éclat clôturant 3 jours de chipotages souterrains visant à faire éclater une plus grande vérité quant à l’ambiguïté des rapports entre presse spécialisée et industrie musicale. Reste que même si principalement lancé dans la mare privée du journal, ce pavé aura tout de même bien éclaboussé ceux qui se pensaient pourtant les plus imperméables. C'est déjà ça. Affaire à suivre?



LE MUR

Nous y voilà. Le mur. C’était prévisible, cela fait des années que l’on s’en rapprochait chaque jour un peu davantage. Vieux couple très passionné – très dépendant l’un de l’autre malgré les divergences de vues et d’aspirations- l’industrie et la critique musicales ont traversé ensemble bien des décennies de baisers volés, de crises, de colères froides, de retrouvailles. Cela aurait pu continuer comme ça encore très longtemps, à la manière de ces couples inséparables même si fondamentalement adverses, le schéma Liz Taylor/Richard Burton. Comme toujours, c’est l’intrusion du quotidien le plus blafard dans le tumulte des sentiments –l’ennui d’argent- qui révèle les rancoeurs installées, déclenche les colères destructrices, mène la relation vers sa remise en question profonde, voire la rupture définitive.

A ma droite, l’industrie du disque, secteur professionnel carrément aux abois, entité tombée dans la paranoïa la plus aiguë dès la conscience de son avenir plus qu’incertain. A ma gauche, la presse prise dans sa globalité, dans une phase de fondamentale mutation ; ses méthodes, sa déontologie, chaque jour questionnés par l’apparition de nouvelles technologies, de nouveaux médias, de nouvelles façons de traiter l’information. L’industrie se meurt mais ne se résigne pas. Comme ces vieillards agonisants, elle peut encore se montrer opiniâtre, trouvant là comme la nostalgie d’une vigueur passée. Sa violence épisodique ne se questionne pas. Ses pratiques ponctuelles d’inspiration quasi mafieuse, les pressions, les intimidations, ne sont des secrets que pour ceux n’ayant jamais eu le courage de jusqu’ici publiquement les dénoncer. Maintenant que l’industrie est faible, il ne faudrait toutefois pas trouver quelque gloire à ne balancer que les vacheries, se poser en martyr d’un capitalisme culturel devenu fou. Le propos est en effet biaisé si les journalistes culturels s’abstiennent de parler des jours heureux. Si, plutôt que d’exposer sa relation trouble avec l’industrie par souci de totale transparence, la presse musicale noircit l’instantané dans le simple but d’une démonstration partisane et revancharde.

Les jours heureux, souvenons-nous en. De ces voyages offerts de 5 jours par-dessus l’Atlantique, une interview de 35 minutes en guise d’alibi. De ces partenariats décidés en amont ou non des rédactions où, au bout du compte, l’article à lire tient plus du publi-reportage que de l’argumentation de fond. De ces autres partenariats transformant des scènes, des artistes, des lieux, en panneaux publicitaires géants à la gloire ET du média ET de l’industrie. De ces lignes éditoriales calquées sur les sorties officielles de labels installés, rétives à tout ce qui sortirait de structures trop souvent caricaturées comme marginales à partir du moment où elles sont financièrement incapables d’assurer leur promotion ; pour parler plus clairement, de déposer copie du disque et du dossier de presse sur le bureau du journaliste. De ces couvertures de magazines se gargarisant d’indépendance pourtant monnayées au plus offrant. De ces contrats signés sans sourciller où les questions à éviter lors de l’interview de la vedette sont minutieusement répertoriées. De ces attaché(e)s de presse soufflant des idées d’angle d’attaque au journaliste pas toujours très au fait quand l’artiste s’illustre dans un genre musical quelque peu marginal. De ces embargos d’infos à ne délivrer au public qu’après une certaine date n’ayant jamais posé la moindre question jusqu’à ce qu’il y ait contrat à signer et menace financière si non respect des clauses délirantes. Les jours heureux, oui. Le temps de l’amour, quand ceux qui venaient s’offusquer des flirts poussés et des bouderies éventuelles annonçant pourtant déjà le marasme actuel passaient aux yeux de cette industrie ET de sa presse spécialisée pour de barbants donneurs de leçons, des Don Quichotte aux croisades vaines : « Ce n’est que de la musique, ce n’est pas sérieux, que chacun prenne son pied ».

Quand on se passionne pour la musique au point de lire ce qui s’écrit dessus, une telle attitude fâche. On se sent filouté, l’écrit est décrédibilisé, le journaliste suspecté de dérives allant de la simple démission intellectuelle à la collusion nettement plus déontologiquement douteuse. On délaisse les gazettes, les magazines, pour se tourner vers les médias alternatifs : les fanzines jadis, les netzines et les blogs aujourd’hui. Faute de crédibilité, faute de trop de compromis « pas graves, c’est pas sérieux », on ne trouve plus aucun intérêt à ce verbe plus proche du publi-reportage vite expédié entre deux cocktails promotionnels que de la verve d’un Nick Cohn, d’un Lester Bangs, d’un Yves Adrien, de tous ces journalistes célèbres ou non ; de tous ces anonymes bénévoles ayant un jour écrit l’une ou l’autre ligne honorant l’intelligence et le sens critique du lecteur plutôt que de plus simplement tenter de lui transmettre l’impulsion d’achat.

Le Mur, c’est tout cela qui l’a construit. Les petites démissions, les grands compromis. L’idée assez ridicule d’œuvrer dans le sens d’une mission de découverte de la musique là où il n’y a que complicité plus ou moins consciente avec une stratégie commerciale de maisons de disques. C’est le paradoxe d’un marché de troisième catégorie, sans vrais gros enjeux à la française, sensé donc offrir les coudées franches aux critiques mais où beaucoup de journalistes choisissent pourtant d’eux-mêmes de ne jamais risquer de froisser ; sauf quand il s’agit d’esclandres faciles, comme cette pathétique histoire impliquant Universal, dEUS et votre journal et qui n’est jamais qu’une péripétie fantasque troublant le quotidien de conditions certes moins spectaculaires mais tout aussi problématiques pour qui veut travailler de façon libre, digne, voulant plaire aux lecteurs plus qu’au système.

C’est un mur circulaire et c’est au-dedans du cercle que presse et industrie musicales mènent encore leur danse de mort, leur ronde intime partagée entre accalmies complices et lancer de casseroles en public. Un mur circulaire, ajoutez un couvercle, vous obtenez une poubelle. La fonction d’une poubelle étant d’être jetable, tout n’est donc pas perdu. N’oubliez pas le tri sélectif !

30 commentaires:

TF a dit…

Salut Serge,

Tu aurais du le proposer à La Libre avant de le diffuser ici. Il mérite d'être lu.
Je suis déçu que le quotidien de la rue royale tente de récupérer le Buzz Deus à leur avantage sans aller au fond des choses. Mais plus rien ne m'étonne en Belgitanie.

pixeline a dit…

ont-ils dit pourquoi ils ne publient pas cette carte blanche?

Anonyme a dit…

http://www.kweb.be/news/ekoute/polemique-autour-de-l-embargo-universal-sur-le-nouveau-deus

SERGE a dit…

"ont-ils dit pourquoi ils ne publient pas cette carte blanche?"

HAHAHAHAHAHAHA!

Après discussion avec le journaliste en charge du dossier, THIERRY COLJON, il a été estimé que cette

"carte blanche n'apportait pas d'élément neuf au dossier, par rapport à son commentaire dans les éditions du Soir de ce week-end."

HAHAHAHAHAHAHA!

GAN a dit…

Pour une fois, je trouve qu'il a raison Coljon. Ton texte est trop long, rapport au contenu et puis te lis trop t'écrire.

Gan a dit…

c'est pompeux.

SERGE a dit…

On s'en fout du style, gan.
L'important, c'est que tout un chacun pouvant peser dans la balance le fasse, prenne ses responsabilités et profite du boxon pour tenter de tirer le bazar vers quelque chose de plus sain. Visiblement, ce n'est peut-être pas fini :

http://www.lesoir.be/culture/musiques/musique-le-contrat-d-embargo-2008-04-14-591288.shtml#forums_reactions_wrapper

Anonyme a dit…

Fan de musique, j'ai pourtant toujours essayé de relativiser face cette grosse sauce pour enfants gâtés qu'est le rock-pop (et autres genres).
Mais, quant on est fan, on ne peut s'empêcher de grincer les dents! Car je suis d'accord avec Serge: "On délaisse les gazettes, les magazines, pour se tourner vers les médias alternatifs : les fanzines jadis, les netzines et les blogs aujourd’hui. Faute de crédibilité, faute de trop de compromis." Merde, moi, pauvre cheminot de 35 ans, j'ai l'impression de plus m'y connaître que tous ces journalistes en provenance des médias traditionnels francophones(à part "Tracks"). Toute proportion gardée, c'est comme si vous feriez tourner la gare ferroviaire mieux que moi (rappel: suis cheminot)! Trouveriez-vous cela normal?

SERGE a dit…

C’est la relation presse/labels qui est aujourd’hui complètement pourrie. La dépendance, le rôle strictement promotionnel…En Belgique, la situation est générale, il n’y a pas que Le Soir qui soit critiquable. Même RifRaf, pourtant sensé être une alternative suit l’agenda promo des firmes de disques…

Moi j’aime l’idée défendue par un commentateur dans les forums du Soir : aborder la musique comme la critique gastronomique. Payer ses disques, payer ses concerts et aborder labels et artistes que lorsqu’on a réellement besoin d’eux (pas pour des interviews bidons à la Coljon, donc). Aussi beaucoup plus s’ouvrir aux reportages longs (les scènes émergeantes, le death métal norvégien, que reste-t-il des mods bruxellois…) parlant d’une réalité plutôt que d’un truc à vendre.

A notre échelle, c’est ce qu’on a fait avec Voxer. On a été à Paris voir les baby-rockeurs alors qu’ils n’avaient pas de disques à vendre, on a étrillé Ed Banger avant même que Justice ne sorte son album, on a interviewé les Black Lips conscients qu’un jour ce groupe va être les White Stripes à la place des White Stripes même si leurs disques sont distribués au lance-pierre en Belgique (il ne suffit plus que Tarantino les foute sur une BO pour que ça explose !)

Je ne me jette pas des fleurs. Je déplore plutôt qu’on soit quasi les seuls à le faire dans ce pays, passant en plus de cela souvent pour des malades mentaux. Facile d’être le borgne roi au pays des aveugles…

kwak a dit…

"que reste-t-il des mods bruxellois ?"

un blog servant de référence aux mods anglais ... http:// jackthecatwasclean.blogspot.com

Falco a dit…

La tentation totalitaire, petite névrose individuelle ou gros projet phagocytaire d'envergure n'est que la conséquence logique d'un système individualiste nombriliste dualiste bassiste trappiste (ah non, les 2 derniers, ça n'a rien à voir)...Pour ramener la thune, faut mettre bien souvent ses principes éthiques en poche quitte à minimiser l'importance de ses actes pour garder la face devant ses gosses ou devant qui que ce soit d'autre qui vous renvoie à la gueule votre hideux petit manège de Rambo économique obligé de s'en sortir dans cette jungle à cravateux faux cul (voir Coljon et son risible "Ce n'est que de la musique, putain. Que chacun prenne son pieds"...Je n'en fais ceci dit pas un bouc émissaire à lyncher car tôt ou tard on est tous mis au pied du mur, il est juste plus exposé médiatiquement). Délicat problème donc qui doit être soulevé le plus souvent possible comme sur ce blog, en espérant que cela mène à une réflexion plus profonde sur la direction pénible dans laquelle s'engouffrent (inexorablement ?) toutes activités humaines, prises en otage par la loi du marché (qui n'est pas une loi universelle comme la Gravité de Newton, mais un choix politique orchestré, planifié et resservi COMME s'il s'agissait d'une loi physique immuable). Ce à quoi les trous duc vont me taxer de communiste pour masquer l'évidence de leur égoïsme viscéral...Je rappellerai quand même qu'un minimum de garde-fou ne peut s'obtenir que par un projet solidaire...Ce qui ne peut s'obtenir que par des lois fortes et fermes (mais conçues collectivement) au niveau d'un état pour TEMPERER les appétits voraces de nos jeunes loups fraîchement sortis des écoles de commerce (et NON PAS les ENDIGUER !!! car l'appétit est nécessaire au dynamisme et aux idées). Sinon c'est retour à l'Age de Pierre garanti, les machettes étant remplacées par les gsm, les contrats maffieux et les menaces à caractère pécuniaire...
Haaaaa, bon, maintenant un bon vieux Gil Jourdan avec une pomme et le ronron du chat qui à l'air tellement heureux que je le soupçonne de n'avoir rien à foutre de tout ça.

acteledisunefoisdeplus a dit…

"en espérant que cela mène à une réflexion plus profonde sur la direction pénible dans laquelle s'engouffrent (inexorablement ?) toutes activités humaines, prises en otage par la loi du marché (qui n'est pas une loi universelle comme la Gravité de Newton, mais un choix politique orchestré, planifié et resservi COMME s'il s'agissait d'une loi physique immuable). Ce à quoi les trous duc vont me taxer de communiste pour masquer l'évidence de leur égoïsme viscéral...Je rappellerai quand même qu'un minimum de garde-fou ne peut s'obtenir que par un projet solidaire..."

AMEN camarade!

J'avais pondu un commentaire similaire mais moins "nuancé" récemment...
La mission d'un hôpital n'est pas d'être rentable mais de soigner, celle des transports en commun n'est pas de dégager des profits mais de transporter...Et celle de la presse musicale d'informer, pas de "faire vendre".

Derrière chaque problème que nous rencontrons aujourd'hui il y a la même cause: le capitalisme.

Assez de revendications partielles:
achevons-le une fois pour toutes!

actalavista.

Anonyme a dit…

http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2008/04/14/en-belgique-le-soir-invoque-la-liberte-de-la-presse-face-aux-exigences-d-universal_1034232_3236.html?xtor=RSS-3208

Anonyme a dit…

Bernie :

L'incident que tu décris est pour moi caractéristique de deux industries en perte de vitesse qui ne voudraient surtout pas se remettre en question….. (dans le cas présent, c'est surtout la maison de disques qui a peur de perdre du fric sur un artiste qui pourrait lui rapporter le jackpot)

1.Pensons à l’employé de bureau vieillissant qui, il y a quelques années, croyait pouvoir se laisser bercer par le train-train de la routine en attendant la retraite et s’est vu tout à coup reléguer au rang de vieux shnock le jour où on lui a installé un ordinateur sur son bureau.

De la même manière, l’industrie du disque n’a jamais cherché à comprendre que la piraterie (en clair le téléchargement gratuit) était en grande partie causée par son refus obstiné de s’adapter aux règles de l’offre et de la demande.

Comment pendant autant d’années (parce qu’on peut désormais compter en années), les maisons de disques ont-elles pu ignorer aussi aveuglément les nouveaux modes nomades d’écoute ou de partage de la musique ?

N'était-ce pas évident en voyant les rayons de disques s’amenuiser au détriment des rayons de baladeurs, graveurs de cds, lecteurs mp3 etc, et alors même que le nombre d’artistes produits augmentait de façon exponentielle ?

Dans quelle partie de la chaine de l’industrie musicale l’information s’est-elle perdue ?

Plus grave, si, après des années de retard les grandes chaines de distribution des disques, cds et dvds se sont enfin décidées à mettre en ligne des « albums » à télécharger légalement, cela semble davantage pour légitimer leurs plaintes contre les sites de téléchargements gratuits ….
Pour les rares qui auront essayé de télécharger légalement un « album », il faut se rendre à l’évidence : le catalogue en ligne est pauvre (pour peu que l’on veuille se procurer autre chose que des chansons de Céline Dion ou Renaud).
Pire encore, la qualité d’encodage est moyenne et le fichier mp3 n’est pas tagué correctement et donc, ni le titre de la chanson, ni le nom de l’interprête ne s’affichent sur votre lecteur mp3…

2. Le monde de la critique musicale (et de la presse spécialisée) est différent. La mondialisation, les sites de téléchargements les ont rendus redondants.
Finie l’époque où l’on était fébrile à la sortie du Rock’n’Folk, des Inrocks etc… où l’on devait se rendre directement aux pages des chroniques d’albums pour lire en avant-première les impressions du journaliste sur le dernier (Cure, Pixies, Nick Cave etc etc….).
La fonction même de critique rock se justifiait à deux égards :

- seul le journaliste rock avait la primeur de l’écoute du dernier album de tel artiste ou la possibilité de nous faire découvrir tel groupe avant tout le monde
- il avait l’avantage indéniable de nous faire économiser des sous (si tel album était nul, on allait pas l’acheter).

Désormais, le rockeur avisé peut télécharger l’album gratuitement avant même sa sortie officielle et gagne ainsi du temps (la lecture d’un magazine rock) et de l’argent (l’achat du magazine rock et l’album, surtout s’il est pourri)….

Vrai ? Pas totalement, tant pour l’industrie du disque que pour la critique musicale :

1. Voir les teasers et la façon très intelligente dont JJ Abrams (Alias, Lost et Cloverfield) à la télévision comme au cinéma crée l’événement autour de ses productions….
Pourquoi certains artistes musicaux ne sauraient-ils pas titiller notre curiosité ?
Certains l’ont fait, Bowie en son temps… les labels 4AD et Factory et leurs pochettes intrigantes et laconiques de leurs disques un peu plus tard…. Comme par hasard, 20 à 30 ans après, on les écoute encore….. l’Histoire peut donc se répéter…

2. Le critique musical est un passionné …de fait, il trouvera toujours un public pour le lire…

SERGE a dit…

« Le critique musical est un passionné …de fait, il trouvera toujours un public pour le lire… »

De fait, j’ai toujours été plutôt très friand de bons articles, de bons bouquins, de bons coups de gueules, de bonnes interviews même (aaahhh, les Inrocks de 87 à 92 !) tant que c’est décalé, informatif, parlant du passé ou d’avenir, plus rarement de ce qui sort… puisque tout le cirque promo, même si j’y contribue en tant que pigiste, en tant que lecteur, je m’en bats carrément les couilles…

radotacti a dit…

C'est dommage que tu ne réagisses que quand je lâche une connerie,
Quand falco ou que j'écris des trucs censés comme plus haut, tu nies grave…

Je vais donc donner dans la nuance:)

Tu m'avais déjà gentiment moqué quand sur un sujet connexe je pointais le coupable, le capital et sa soif de profits exponentiels, en rétorquant que le socialo-étatisme ronronnent à la francophone c'était limite pire…

Pour ne pas la jouer utopie de cyber-salon ou en "et si", parlons concret : laisse moi te la ramener une fois encore avec l'enfer rouge cubain, sa musique et sa presse musicale.
Le haut niveau musical et culturel de cette minuscule île est un fait incontestable et qui rayonne sur le monde et au-delà.
Pourquoi?
1)les aspirants musiciens cubains ne doivent pas entrer en conflit avec leur parents ou bosser au quick pour payer leurs études. C'est bien vu, gratuit et à un niveau inimaginable ici.
2) tous les groupe de musique cubains (salsa, rock, reggaeton, rap, enzv.) a droit à des instruments, un local et éventuellement un salaire si à visée professionnelle.
(automatique en cas d'études musicales réussies)
En (terrible) contrepartie: le devoir de donner des concerts (gratuits ou presque pour le public)
3)les musiciens cubains n'ont pas à se soucier de vendre (des albums etc) d'abord ils sont salariés ensuite les cubains sont fauchés, écoutent la radio et copient des cassettes.
Donc ils font de la musique parce qu'ils aiment ça et non pour gagner un max de pesos convertibles et donc ils font ça bien.
4)il en va de même pour les journalistes cultureux et autres chroniqueurs ou animateurs. Pas de major, pas de pub, juste de l'information, des interviews et dossiers intéressants, des critiques sincères…

Si une petite île du tiers monde soumise à un embargo est capable d'une telle politique culturelle, qu'attends notre petit pays qui est l'un des plus riche du monde?

Avant de conclure et pour devancer le prévisible: je parle ici des journalistes cultureux, pas des quelques contre-révolutionnaires à la solde de l'empire et de RSF fort heureusement mis hors d'état de nuire dans les joyeux clubs de réévaluation de projet professionnel cubains, nuance quand tu nous tiens.

à lire au sujet de RSF et Cuba:
http://risal.collectifs.net/article.php3?id_article=823

SERGE a dit…

Trop PTB pour moi, ta vision égalitaire, l'acti : du profit, des winners et des losers sinon quel ennui...

Glose a dit…

en tout cas... merci pour ce "Tri selectif"...

SERGE a dit…

Y avait pas de quoi laisser ces âneries à la postérité.

Dr Hooz a dit…

Ok pour les winners & les loosers mais faut déplacer l'origine des axes du repère, sinon tu peux pas prétendre à cette "honnêté polisensuelle" que tu prônes.
Je suis pas PTB non plus, mais on est dans un système où sans oseille il est difficile d'avoir une indépendance. Tes gosses tu dosi les faire bouffer, et pour ça t'écris des articles alimentaires où je pleure en voyant la signature. Mais c'est comme ça que bcp jouent à l'euromillions, pour (re)trouver cette liberté compromise par les contraintes (ultralibérales)

Anonyme a dit…

A Activista,

Le problème de ton raisonnement, c'est que la musique cubaine était déjà extraordinaire bien avant Ernest et Fidel. Beny Moré, Les Matamoros, Compay segundo et sa clique c'est les années 40 surtout. Alors la révolution, là dedans...

act a dit…

"Trop PTB pour moi, ta vision égalitaire, l'acti : du profit, des winners et des losers sinon quel ennui..."

Les insultes à nouveau, pas le "parti du TRAVAIL" stp!

1)même à Cuba y'a des losers et des crétins de winers.
2)essaye de t'y ennuyer ne fusse qu'un quart d'instant.
3)et tu reviens me redire tout ça après...

Non, en fait on devrait faire le contraire, pour ceux qui veulent continuer "à ne pas s'ennuyer en faisant des profits" on pourrait créer quelques réserves, genre Australie, où vous pourriez vous amuser à capitaliser entre vous.

Ailleurs on pourrait enfin s'"ennuyer ferme" en ne faisant que ce que l'on a réellement envie de faire et en arrêtant de niquer nos vies, celles des autres et la planète.

C'est croire que l'on peut perpétuer le système actuel qui est une utopie pas le contraire.

Sur ce je vais enrichir le grand capital du delhaize,
dikkekus.

actenforme a dit…

"Le problème de ton raisonnement, c'est que la musique cubaine était déjà extraordinaire bien avant Ernest et Fidel. Beny Moré, Les Matamoros, Compay segundo et sa clique c'est les années 40 surtout. Alors la révolution, là dedans.."

En effet la musique cubaine était déjà extraordinaire avant la révolution.

Le miracle des musiques cubaines c'est le métissage, fruit d'un génocide et de l'esclavage certes mais métissage.

Mais avant la révolution, ceux qui pouvaient jouer, étudier, répéter et réussissaient étaient de rares privilégiés bien qu'ils continuaient à subir l'apartheid qui sévissait alors.
Avant, l'Institut Supérieur des Arts de la Havane était un club de golf réservé aux blancs.
Aujourd'hui des milliers de jeunes Cubains et du reste du monde y étudient -vraiment gratuitement- les Arts à un niveau que jalousent les plus grandes écoles internationales.
Avant si tu chantais un texte jugé subversif tu étais arrêté, torturé et tu disparaissais.
Aujourd'hui ton disque risque de traîner chez l'éditeur mais tu ne seras pas arrêté et le bienvenu à Miami (même si ton disque c'est de la daube en sauce)

Simple: ceux avec qui j'ai terminé mes études sont depuis des plombes musiciens d'un groupe connu et/ou prof dans une école cubaine. J'ai croisé un grand nombre d'entre eux en Europe lors de leurs tournées. J'aime faire remarquer à ceux qui me prenaient pour un agent du régime infiltré et me disaient "tu as les moyens de voyager, nous pas" que quand ils voyagent tous frais payés par l'état ou le contractant, c'est grâce à leur profession, qu'ils sont reconnu en tant que musicien.
Alors que cela fait des années que je n'ai pu mettre un pied sur l'île vu la difficulté grandissante de vivre de la musique en profit-land.

Alors oui: la révolution là dedans!

Anonyme a dit…

putain merde je fais un commentaire complètement génial sur ton blog sur le précédent billet et soit tu sites un autre qui parle de critique gastronomique soit tu te trompes carrément et ça c'est petit

The Mole a dit…

"Parler d'une réalité plutôt que d'un truc à vendre"... Qu'ajouter?

SERGE a dit…

Comme à chaque sujet sensible dépassant le cadre habituel de nos couillonnades, trop de trolls et d’avis crétins dont le zapping des abominables commentaires fait hurler à la censure !

Nettoyer les vociférations vaines, ce n’est pas de la censure.

Zapper comme sur Frontstage des posts présentant en connaissance de cause une autre version de l’histoire qui s’y lit, c’est de la censure, à fortiori quand on y est soi-même critiqué nominément et qu’on efface ensuite la réponse à ces attaques.

Que l’on trouve le texte de la carte blanche pompeux et illisible, c’est une chose, je n’en prends même pas ombrage. Que l’on déverse des idioties ou que l’on m’accuse ici de marketing personnel, c’est autre chose, peut-être même commandité (petit milieu, petit esprit) et je désire me préserver de ces imbécilités.

Vous voulez me faire mal, me casser, discuter franchement : serge.coosemans@gmail.com

Evidemment, là, l’anonymat n’est plus du tout garanti et ça, ça change tout, n’est-ce pas ?

Bref : fuck off les nains et patience les autres pour le retour au commentaire libre !

Dr Hooz a dit…

Là tu donnes l'impression de te prendre de haut, d'appliquer le sacro-saint:" Faites ce que je dis, pas ce que je fais". Tu vas gâcher tout l'intérêt de ce blog. Ceux qui regardent les commentaires des posts, même les plus trashs et nuls savent lire entre les lignes. C'est au front (242?) que tu es le plus fort, pas lorsque tu bats en retraire Cosmani.

SERGE a dit…

Je ne bats pas en retraite, je refuse tout simplement de me laisser inonder le blog par des imbécilités qui plus est souvent hors-propos.

S'il s'agit de critiquer mon attitude dans cette affaire, vous attaquez cash et je n'aurai aucun soucis à l'auto-critique.

S'il s'agit de répondre à des arguments basés sur des interprétations nigaudes de ce qui est écrit ici ainsi que la contestation de sous-entendus mal compris, vous allez vous faire foutre.

Ce n'est pas plus compliqué que ça.

Elea a dit…

"aborder la musique comme la critique gastronomique"

... ou simplement comme du journalisme normal, c'est-à-dire en refusant tout cadeau, pour quelle que rubrique que ce soit. Le rêve, c'est quand même l'indépendance totale à la Washington Post (en tout cas sur les principes, je sais qu'on peut toujours aller chercher la petite bête) : "Nous payons nos propres frais. Nous n'acceptons aucun cadeau de ceux qui nous informent. Nous n'acceptons pas de voyages gratuits. Nous n'acceptons ni ne recherchons aucun traitement préférentiel qui pourrait nous être accordé du fait de notre position (...) Il est interdit d'accepter des entrées gratuites à des manifestations qui ne sont pas gratuites pour le public". [Benjamin Bradlee, Normes et Règles d'éthique du Washington Post]

Evidemment, tout responsable pragmatique d'un canard de chez nous te dira que dans notre paysage médiatique, personne n'a les moyens d'assumer ça financièrement. Hop, la question est réglée, plus besoin de réfléchir.

fabrice a dit…

"que reste-t-il des mods bruxellois ?"

Des soirées Going Underground, Dynomite,un myspace(http://www.myspace.com/belgianmodscene ), quelques fringues chez Try Me, les Belgian Mod Weekender annuels, des visites de Weller, ...
En gros, des choses davantage excitantes que celles qui restent aux fans d'EBM bruxellois :)