samedi 12 avril 2008

ONE MAN ARMY

La cover du Soir du jour : l’interview de dEUS crée la polémique! Sommaire : 2 articles de Daniel Couvreur, dont 1 questionnant l’avocat Alain Berenbaum, 1 édito de la rédactrice en chef, 1 copie du contrat litigieux signé par le journaliste, 1 justification d’Universal, 2 papiers de Fabienne Bradfer sur la situation des pressions dans le monde de la critique ciné, 3 gesticulations de Thierry Coljon, 1 interview de Tom Barman et 1 critique de son disque !!! Pour rappel ou info, en publiant ces 2 derniers papiers, Le Soir s’expose une procédure judiciaire pouvant lui coûter 25.000€.


Au final, la teneur de ce dossier voulu pavé dans la mare, contestation fracassante des pratiques des labels, libre à chacun de la juger selon sa propre vision, ses propres conceptions. Pour moi, il est bien entendu évident qu’à défaut de noyer le poisson, on tourne un peu trop autour du pot. L’intimidation du label est bien entendu très condamnable, mais l’attitude des journalistes impliqués -en général et dans cette affaire en particulier- reste tout aussi problématique, sinon plus. N’oublions pas non plus qu’on en est arrivés là après des années de compromis plus ou moins identiques (certes, sans astreintes... mais non sans menaces), plus ou moins scandaleux, plus ou moins quotidiens qui, eux, n’ont jamais été dénoncés.

Ce message là, c’est celui d’une carte blanche que j’ai envoyée au journal et qui sera peut-être publiée lundi, sinon sur ce blog. Il pourrait être transformé en manifeste, prônant un journalisme culturel imposant ses volontés aux labels –par extension, celles des lecteurs- plutôt que de suivre gronchon ou non les politiques marketing. Quand Thierry Coljon avance dans l’un de ses commentaires publiés ce week-end qu’ « à moins d’œuvrer dans la plus grande anarchie et l’illégalité la plus totale, le journaliste est contraint de travailler avec les firmes pour avoir accès aux disques et aux artistes », il avoue de fait sa vision passéiste, sans imagination, engluée dans les habitudes d’une industrie morbide et complice que pourtant, paradoxalement, il dénonce. Illégalité ? Anarchie ? De bien grands mots pour conspuer, minimiser, anecdotiser tous ceux qui refusent désormais d’entrer dans le moule win-win (ou lose-lose!) de la relation presse/labels actuelle. De choisir le journalisme plutôt que le vrai-faux publi-reportage, en fait.

Je peux aujourd’hui dévoiler, même si mon rôle reste minime, que je ne suis pas totalement étranger au fait que cette affaire soit remontée en première page du Soir et ait été traitée de cette façon certes très discutable mais augurant de possibles développements intéressants là où un traitement plus ciblé et étouffé n'aurait fait qu'un tout petit ramdam de rien du tout. Pour rappel, elle a débuté sur le blog Frontstage du site du journal, où un billet de Cédric Petit dénonçait le procédé de la menace contractuelle de 25.000€ tout en admettant que Thierry Coljon avait bel et bien signé ce fameux contrat, contrairement à d’autres journalistes belges (l’AGJPB aurait souhaité un boycott collectif !!!). Il n’a pas fallu très longtemps pour que par mails ou téléphone, plusieurs amis et moi rigolions très fort de cette position non seulement très ambiguë des journalistes mais aussi de l’article en question présentant les choses de façon pas très bien contextualisées. On s’est donné dans les commentaires, j’ai linké le truc ici, The Mole a repris le machin sur son propre blog et de fil en aiguille, est venu cette idée de carte blanche au Soir voulant surtout éviter que le journal ne se la joue innocent martyr du méchant capitalisme alors que le rapport entre journaliste culturel et industrie est bien sûr carrément plus ambigu que ça.

J’ai des têtes à couvrir, des confidences à respecter, je ne fais pas partie de la rédaction du Soir et je n’étais pas sur place, je ne vais donc pas écrire cash tout ce qui m’a été rapporté par la poignée de contacts que j’ai là-bas, aussi pour éviter l’interprétation et le ragot pur. Résumé dans les grandes lignes, c’est très simple : tout ce qui a été dit sur les blogs (Frontstage, The Mole, celui-ci…), backé par des séries d’e-mails circonstanciés, est remonté jusqu’à la rédaction en chef du journal et a provoqué un buzz court-circuitant le traitement qui aurait normalement été réservé à cette affaire par Thierry Coljon, qu’il annonçait (mail privé) comme « une prise de position ferme et des exemples précis ». Sa hiérarchie, mise au courant de nos remarques et nuances blogguesques, n’a pas estimé trouver son compte dans les articles de Coljon et semblerait aussi avoir craint que les blogs ne s’emparent de l’histoire si publiée en l’état originel, lançant une polémique de fond sur la crédibilité du service culturel du journal ! D'où cette décision "d'encadrer" un dossier échappant de fait à Coljon, d'y aller à fond et de briser cet embargo imposé par Universal (ce n'était pas l'idée de départ!). Certains étaient même partants pour dans la foulée remettre publiquement en cause les pratiques aimables entre journalistes spécialisés et industrie culturelle. Ca n'a pas été fait mais un moment, on y a pourtant cru quelques heures durant.

Tout cela relève bien sûr de la popote interne d'une rédaction : l’un propose une platitude là où d’autres attendent des fulgurances, ça s’empoigne et au bout du compte, s’accouche une couillonnade. Ce qui est moins banal, c’est que nous avons ici clairement le cas de figure où quelques commentaires de blogs -certes signés en connaissance de cause par quelqu’un ayant toujours un pied dans le milieu - sont parvenus à influer le contenu d’un dossier de journal de premier plan. On aurait bien sûr pu attendre plus d’altitude, un véritable méa culpa, un traitement plus global, davantage d’explications quant à la maladresse du journaliste Coljon, du cash plutôt que du halve & halve. Cela, ça ne dépend pas de moi. Cette polémique là n'est d'ailleurs peut-être pas vraiment terminée, non plus. Wait & see...

En attendant, moi qui ne croyait que très moyennement au pouvoir des blogs, à fortiori en Belgique, je me rends compte depuis ce matin que je suis à l’insu de mon plein gré devenu un bloggeur bien plus influent que tous ces zygotos qui arrivent à faire passer quelques-uns de leurs lecteurs de Windows à Linux ! Et c’est très excitant… Et je ne compte pas m'arrêter là!


PS : Dans la grande série « rions de Tcherry Coljon », sachez aussi que ce monsieur pensait que j’étais toujours rédacteur en chef de RifRaf (je suis parti en avril 1999 !), qu’il estime « ne pas avoir de leçons de déontologie à recevoir d’un magazine dont les publicités sont en rapport avec les interviews » (comme l’interview de REM à New-York est en rapport avec les reprises sur le site du Soir, donc), qu’il déclare être un « grand professionnel » et surtout, que

« Tout cela me semble être pris trop au sérieux. Ce n'est que de la musique, putain. Que chacun prenne son pied. »

Au cul, le pied, si cela ne tenait qu'à moi...

UPDATE 1 : Le boycott serait-il en fait la tendance de ce printemps ? Un lien vers ce post laissé en commentaires ce matin sur le blog Frontstage du journal Le Soir avait disparu quelques heures plus tard!!!

UPDATE 2 : The Mole insiste désormais sur son blog quant aux propos de Filip Vanes, manager d'Hooverphonic, interrogé par Le Soir, qui estime que la situation actuelle est « entièrement la faute des médias. De la concurrence féroce, notamment, entre Humo et le Focus-Knack ». Des rumeurs parlent en fait d’une demande explicite d’Humo à Universal afin que tout soit mis en œuvre pour bétonner l’embargo.

UPDATE 3 : Le Soir tient officiellement un tout autre discours que ce que j'avance ici pour expliquer la remontée en première page de l'affaire, peut-être plus complémentaire que mensonger. Quoi qu'il en soit, ce qui est sûr, c'est que certains responsables sont furax des fuites : je me suis hier soir copieusement fait insulté par mails par un chef de rubrique du journal.

UPDATE 4 : Un certain JoelB avance sur le blog Frontstage du Soir qu'il ne faut pas prendre pour argent comptant tout ce que je raconte, étant connu que j'ai un oeuf à peler avec Coljon. Une réponse de ma part rappelant que ce que j'avance ici n'est pas seulement une opinion mais plutôt une relation des faits estimée plus exacte que tels que décrits par Le Soir, j'ai une nouvelle fois été censuré sur ce blog.

UPDATE 5 : De Morgen a lui aussi rompu le contrat d'embargo. Universal Belgium promet la poursuite.

22 commentaires:

DRy Wipe a dit…

Ce Cosmani là,il a tout compris et je dis :"Continue", fais en sorte que la lame de fond se transforme en tsunami.

Go Cosmani Go!

michto a dit…

« Ce n'est que de la musique, putain ! », ça me rappelle un autre « Ce n'est que du football ». Oui mais non, c'est surtout - quasi - QUE du pognon.

Anonyme a dit…

Avant tout c'est de la culture et tout acte culturel se veut politique au sens de vivre ensemble bordel!!! Le pognon est, et doit rester, un outil! Pas une finalité en soi. La presse, la culture, etc, ça ne vaut pas gd chose qd la motivation est juste pognonesque! Ceci en est la preuve:

L'album de Deus, il restera pas dans les annales ou alors avec un seul n

le Soir, lorsqu'il comprendra qu'il est noyauté par des gens qui se prennent pour les égaux des stars, politiciens et autres maîtres à penser qu'ils croisent, redeviendra un gd journal, lu & cité en référence! Rene (Haquin), revient, il en ont fait de la m... de ton quotidien!

Anonyme a dit…

La lecture de cette mini-interview

http://www.lesoir.be/culture/musiques/deus-interview-embargo-vantage-point-2008-04-12-591044.shtml

me conforte dans l'idée que les interviews dans ce domaine ne servent le plus souvent à rien. Ou quoi, il faut des explications, un pré-requis pour comprendre le disque? Tout peut être réglé très simplement. Ou on achète le disque à 15 euros ou on le télécharge gratis. On paye sa place de concert. ON opère comme les critiques gastronomiques. ON reste dans le public et pas dans les coulisses ou au balcon.

Apès les questions où ile st question de manière plus ou moins subliminale de chef d'oeuvre - en tout cas que le groupe a déjà pondu au moins un chef d'oeuvre - de un des meilleurs morceaus de l'album - et donc que ce n'est pas le seul - puis du regret de Delvaux que ça tombe sur "un groupe belge fabuleux qui sort un album grandiose", EMi doit finalement être satisfait du buzz. Le soir aussi, le mot polémique fait vendre.

Ah, au fait, le public belge francophone s'en cogne de la musique, au moins à 80% selon mes stats scientifiques personnelles. Sur 4 ou 5 millions potentiels, ça fait plus tellement de part de marché possible. C'est bien pour ça qu'il n'existera jamais de publication culturelle digne de ce nom. Les commentaires sur le blog de la Mole se réduisaient à 2 personnes. Tout ça n'intéresse que ceux qui sont plus ou moins liés à l'industrie musicale.

Alors vos gesticulations c'est sympa mais achetez des disques et quittez le monde fabuleux des musiciens belges et, chers journalistes de presse écrite, vous aurez peut-être une légitimité.

Anonyme a dit…

"je me rends compte depuis ce matin que je suis à l’insu de mon plein gré devenu un bloggeur bien plus influent que tous ces zygotos qui arrivent à faire passer quelques-uns de leurs lecteurs de Windows à Linux ! Et c’est très excitant..."
Tout comme Le Soir, vous faites bien grand cas d'une petite affaire. Tout ce qu'on constate c'est que les critiques prennent leur rôle bien trop au sérieux, chacun essayant de flatter son ego ou une pseudo crédibilité.
Les amateurs de musique n'en n'ont que faire et les grosses majors agonisantes encore moins...

SERGE a dit…

"Les amateurs de musique n'en n'ont que faire et les grosses majors agonisantes encore moins..."

Pardi, en voilà encore un qui n'a pas peur de cumuler les métiers à priori incompatibles : à la fois organe officiel du syndicat des amateurs de musique et porte-parole des grosses majors agonisantes!!!

damien a dit…

heho Serge "moi qui ne croyait que très moyennement au pouvoir des blogs" ... ça va pas la tête !? tu couves un truc ? Ce billet (http://casacosmani.blogspot.com/2007/11/pour-en-finir-avec-les-carabistouilles.html) a pas 6 mois que t'es déjà en train de virer ta cuti !? ;-)

Anonyme a dit…

"je me rends compte depuis ce matin que je suis à l’insu de mon plein gré devenu un bloggeur bien plus influent que tous ces zygotos qui arrivent à faire passer quelques-uns de leurs lecteurs de Windows à Linux ! Et c’est très excitant… Et je ne compte pas m'arrêter là!"

Oufti l'ami tu te prend pour ce que tu n'es pas, attention de ne pas exploser la grenouille.

SERGE a dit…

"Oufti l'ami tu te prend pour ce que tu n'es pas, attention de ne pas exploser la grenouille."

On dirait que toi aussi, t'as tout l'air de me prendre pour ce que je ne suis pas, ket.

Anonyme a dit…

Stop relancer The Molle, t'y perds ton potentiel crédibilité. Il travaille au Soir et ramène sans cesse cette connerie d'AJP dans le jeu de quille. Son discours est aussi mou que celui de son quotidien. C'est juste pcqu'il te met en lien? C'est lui qui a besoin de toi, pas l'inverse!

En tout cas ses propos sont ininteressants dans ce cas-ci (comme dans les autres)

The Mole a dit…

@ Ano: un as, ce troll qu'est assez naze pour s'entêter à lire une prose qu'il ne trouve JAMAIS intéressante. Mais casse-toi donc Ano. Tu crois que j'en ai besoin, moi, de trolls dans ton genre?

Ø a dit…

En fait, c'est quoi DeUS pour mériter un tel plat ?
Le doigt de Dieu qui va nous sortir de la crise, régler les problèmes Israélo Palestinien, Irakien et Afghan, ramener le Dalai Lama chez lui, éviter le réchauffement global de la planète tout en nous permettant de consommer encore plus ?
Si ce "machin" n'est pas capable de faire ça, ca vaut pas plus que des roupettes de chansonnier.

Cédric a dit…

Même manière que celle utilisée par Serge pour ramener des gens sur son blog, un lien vers la réaction que je publie sur mon propre blog; soyons sérieux, si le soir tire quelque profit de tout ça, certains ne se privent pas moins de tirer la couverture à eux.
Mon commentaire donc.
http://blogs.lesoir.be/festivals/2008/04/12/pourquoi-on-publie-finalement-deus/#comments

SERGE a dit…

Faut arrêter avec les poncifs, Cédric. D’abord, vous abaissez nos critiques à de la jalousie. Maintenant, vous transformez mon souci de présenter quelque chose de plus proche de la réalité que ce que vous en dites au Soir comme une façon de me faire de la publicité.

Ce qu’il y a, c’est que cette « affaire » serait idéalement l’occasion où jamais d’une bonne fois pour toutes mettre en lumière les rapports ambigus entre presse et labels, éventuellement tenter de les réguler, du moins tenter de revenir à quelque chose de plus sain. Comme vous traitez l’affaire -le ton victimaire plus que le recul moral- cela devient juste la mise en scène d’une esclandre facile et plutôt que de prolonger le débat, de lui faire prendre de la hauteur, vous règlerez comme d’habitude en coulisses vos différents avec l’industrie, sauf si…

Coljon n’escomptait pas du tout que cela ait un tel retentissement, il voulait une petite révolte à coups de pétards. Boostés par nos remarques sur les blogs, d’autres ont court-circuité cela. Certains ont rêvé d’Hiroshima. Le résultat est quelque part entre les deux. C’est une croisade, mec, une tentative de révolution. Certainement pas du marketing !

Bob Morlock a dit…

Au train où vont les choses, Universal ne va pas tarder à remercier Le Soir pour cette énorme publicité autour de son produit dEUS. La Une du Soir un samedi, c'est pas rien quand même... ;p

The Mole a dit…

Bof... "Le Soir", c'est en moyenne 445.000 lecteurs quotidiens, dont 156.000 12-34 ans. Combien, parmi eux, vont acheter l'album parce que leur journal y consacre sa photo de une? Combien qui ne l'auraient fait de toute manière, sans ce ramdam? Combien vont se dire: "Putain, vu le procédé, là, je le télécharge illégalement, leur album"? Au fait, il s'est vendu à combien d'exemplaires, le dernier zEUS?

actention! a dit…

"Au train où vont les choses, Universal ne va pas tarder à remercier Le Soir pour cette énorme publicité autour de son produit dEUS. La Une du Soir un samedi, c'est pas rien quand même... ;p"

Plus les répercutions TV et radio...
Vous n'avez pas l'impression de participer à une nouvelle forme de campagne publicitaire "virale"??

"Dans le monde réellement inversé le vrai est un moment du faux"
Guy Debord (in la Société du Spectacle"
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Soci%C3%A9t%C3%A9_du_spectacle_(livre)

And the Grand Capital win again and again....

SERGE a dit…

"Vous n'avez pas l'impression de participer à une nouvelle forme de campagne publicitaire "virale"??"

Je ne crois pas que cette suspicion existerait si Le Soir avait opté pour lancer un véritable débat de fond sur l'ambiguité des rapports entre presse et labels, ce qui aurait pu (et du) être le cas.

Beaucoup de maladresses là-dedans, d'où lecture quasi parano par ceux n'ayant de l'affaire qu'une vue partielle.

par-actno a dit…

Merci pour le "quasi" ;)

Certes je n'ai qu'une vue partielle mais c'est celle que partage 99% des téléads bien plaqué dans leurs conapts: zEUS par ci, zEUS par là...

Un regard externe est aussi révélateur, le résultat est là: première page et plus, TV, radio, blogs, enzv.

Ceux qui doivent bien se marrer c'est les suppôts sonores du G.C. himself...

CQFDétruire?

DIKKEkus.

back2thegoulag! a dit…

"partageNT"...et "bien plaNquéS" rontidjûûuu!

Anonyme a dit…

Update 4:

Dans mon souvenir, toi aussi tu censures lorsque cela ne t'agrée pas. C'est pas si grave, c'est la loi.

SERGE a dit…

Je censure régulièrement les conneries, plus rarement les avis contraires et même insultants, si toutefois argumentés.